lundi 27 juin 2016


















Ils sont deux.
L'homme, je le connais depuis l'enfance quand j'accompagne ma mère au marché du mercredi. Il m'impressionne. Il déambule au milieu des étals, salue vite comme s'il avait peur qu'on le snobe. C'est un accord tacite entre nous, on le protège de tout, de la circulation, du vide, de l'ennui.
Je le croise aussi dans le centre. Il est au ralenti, sans but. Il s'assoit souvent près du terrain de pétanque. Il reste à distance des joueurs. Il est juste toléré. Il ne jouera pas, trop imprévisible, brouillon.
La femme est une clocharde. Elle pousse un caddie plein de détritus. Dessous, il doit y avoir une couverture, les cartons pour dormir. Elle a toujours un regard mauvais, les insultes dans la bouche et le visage. Des tissus superposés sur le corps, les cheveux comme une pelote. Elle est belle. Un croquis rapide.
J'ai été elle. Le cerveau qui déraille, le corps qui devient une odeur, la crasse qui fait rempart.
J'ai eu une mère pour me réapprendre à me lever, manger seule, me laver, revenir parmi les autres.
Elle, non.

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